COMPLEMENTARITE ET DIVERSITE CULTURELLE
1 QU’EST-CE QUE LA CULTURE?
Selon moi, la culture, c’est tout ce qui contribue à construire l’identité d’un individu: la langue, les arts, la tradition sociale, la conception politique des organisations humaines…etc. voilà les grands axes, les grandes rivières que viennent nourrir de nombreux ruisseaux, les « chevelus », comme on dit en hydraulique, à savoir :
Ø la religion, le sacré, la spiritualité ;
Ø la conception philosophique de la vie, de la mort, du destin de l’humanité ;
Ø la guerre, le pouvoir, la conception de l’Etat ;
Ø la société humaine et son environnement…et j’en passe
La culture, c’est donc ce qui permet de relier les hommes, franchir le temps, croiser les regards.
Tout comme au sein des identités individuelles, on note une vraie DIVERSITE au sein des cultures. Cette diversité suggère des différences, elle ne peut impliquer ni une hiérarchie (inférieure/supérieure), ni un classement périodique- à la manière de Mendeleïev- (primitive/moderne, première/contemporaine). Elles sont diverses mais égales, c'est-à-dire qu’elles ont TOUTES leurs richesses et leurs insuffisances et c’est en cela qu’elles sont appelées, dans la volonté des hommes à vivre ensemble, à la COMPLEMENTARITE, non pas une complémentarité pour l’UNIFORMISATION, mais plutôt, une complémentarité pour une AMELIORATION réciproque, mutuelle, par influences croisées.
· UNIVERSELLE?
Oui, universelle :toutes les cultures humaines ont une part d’universel, par définition, en ce qu’elles expliquent toutes le FAIT HUMAIN et orientent l’ACTION de l’Homme afin de rationaliser ses comportements. Les fondamentaux universalistes des cultures humaines ont même fait l’objet d’un début de «listage», une sorte de nomenclature:
Comportements pro sociaux: admiration, aide, soutien
Comportements antisociaux: agression, évitement
Comportements asociaux: exclusion, racisme, sexisme…
Comportements de supériorité: critiquer, ordonner
Comportements d’infériorité: obéir, se conformer
Comportements d’intimité: expression de soi
Comportements de formalisme: convenances, étiquette, politesse…
…..
· MAIS LOCALE AUSSI…
De la même manière, toutes les cultures ont leur part de LOCAL ou de PARTICULARITE
En effet, à partir du moment où une communauté humaine érige des lois ou établit des lois relatives aux faits humains, se pose immédiatement la question de leur extension(ou assiette, comme on dirait en matière d’impôt): à qui ou à quoi s’appliquent-elles? Est-ce à l’ensemble du phénomène humain? Est-ce à des particularités locales? Est-ce à des conditions spécifiques? Est-ce à la totalité des objets?
C’est pour cela que le classement des actes(véritables variables explicatives) reste et doit rester sujet à interprétation. Il nous appelle à la prudence, pour ne pas dire à l’humilité, quand notre tentation est forte d’UNIVERSALISER à tout prix la catégorisation des individus.
Ainsi, les OCCIDENTAUX(je n’ai pas trouvé d’autres mots…) ont mis au point une batterie d’outils pour mesurer «l’intelligence». Appliqués à des populations Bassar du nord Togo ou à des habitants des favelas du Brésil, les protocoles utilisés donneront des scores, sans aucun doute, très faibles. Est-ce à dire que ces Africains et ces Brésiliens ne sont pas intelligents? De quelle intelligence parlons-nous?
Le problème posé est manifestement celui de la VANITE de vouloir à toute force, ériger en règles universelles des règles qui ne sont que particularistes, tout au plus témoins de leur seul ancrage culturel local. Et il va de l’intelligence comme il va de l’émotion, de l’apprentissage, du psychisme, de l’identité…
2. QUELLE COMPLEMENTARITE?
· MONOCULTURALITE?
Voilà pourquoi, à mon sens, lorsqu’on parle de MONOCULTURALITE, il faut mettre en avant la notion de COMPLEMENTARITE, de DIALOGUE des cultures, sinon on tombe très vite dans un véritable «chausse-trappe» multiculturaliste. En effet, comment donner un statut aux multiples identités culturelles? La loi se trouve, a minima, dans l’obligation d’identifier distinctement ce qui constitue la particularité de chacune des cultures et, a maxima, par conséquent, d’inviter ces cultures à se reconnaître dans ces critères à elles imposées. Position inconfortable, difficile, d’autant plus difficile que les actions dites de «discrimination positive», c’est-à-dire utilisant les mécanismes de la discrimination pour promouvoir des minorités, entraînent dans le même temps une forte STIGMATISATION. Si un individu obtient un emploi parce qu’il relève de mesures spécifiques réservées à la minorité culturelle à laquelle il appartient, comment dès lors éviter qu’il soit désormais réduit à son «être culturel»? En conséquence, comment va-t-il se prémunir contre la tentation accrue de faire valoir de nouveaux droits supposés imprescriptibles par sa «communauté»? Et ainsi de suite…
· MULTICULTURALITE?
Dès lors, la multiculturalité est un état de la politique culturelle qui assure la transition entre l’ethnicisation et l’auto ethnicisation, entre l’objectivation et l’auto objectivation de l'obligation de différence, entre l’exclusion et l’auto exclusion… En cela il met en place les conditions de la revendication identitaire conçue comme moyen stratégique de négociation. Les groupes, les minorités s’approprient la version culturelle de leur identité politique, pour la rejouer dans des rapports sociaux désormais ethnicisés qui, à leur tour, les stigmatisent comme communautés…
C’est ici qu’intervient la notion d’inter culturalité en ce qu’elle reconnaît les cultures, chacune dans sa spécificité et les appelle au dialogue.
3. VERS L’INTER CULTURALITE
L’INTER CULTURALITE, c’est le mélange des cultures et donc l’acceptation puis la promotion de nouvelles formes culturelles. Elle repose sur la possibilité de l’HETEROGENEITE culturelle, de l’apparition d’une nouvelle HOMOGENEITE construite. Le consensus n’y est jamais postulé en amont, il est toujours construit et à construire en aval.
L’échec identitaire de l’individualisme que nous vivons à l’heure actuelle doit donc être compensé:
· soit par la régression mono culturelle, unidimensionnelle
· soit par la progression multidimensionnelle que constitue la construction inter culturelle
Se pose donc à nous la question de savoir si nous voulons un sujet culturel ou un sujet inter culturel. C’est une question importante pour toutes les sociétés humaines, notamment pour éviter que la gestion de la multiplicité de références culturelles ne débouche sur une sorte de multi culturalisme internationaliste uniformisé sur lequel ne planerait plus que, au choix, la confrontation, y compris violente, ou bien le silence, non pas des polyglottes, mais celui des «omniglottes», précisément acculturés.
Saint Coulitz, le 24 novembre 2010

