L'EAU : UN ENJEU COMMUN POUR
LES POPULATIONS DU NORD ET DU SUD
CHATEAULIN, LE 3 AVRIL 2007
Je voudrais tout d’abord féliciter les organisateurs de cette journée : les Collectivités Bretonnes pour la Coopération Internationale (CBCI), la Coordination des Associations de Solidarité Internationale (CASI), l’Aric et le PS-Eau. Je me réjouis d’être avec vous pour tout à la fois célébrer le choix de l’internationalisme de vos associations – en ce moment de campagne électorale où la France a une fâcheuse tendance à s’admirer le nombril, ce n’est pas banal – et la prise de conscience croissante de l’importance de l’eau dans les débats mondiaux. Ce côté humaniste de vos associations, vous l’avez voulu, vous l’avez choisi. Je ne m’y attarderai donc pas.
Je vais juste me contenter de vous parler de l’eau et du lien qu’elle peut produire dans la solidarité entre les peuples.
Dire que l'eau est indispensable à la vie est une platitude! Dire que la planète est constituée d'eau à 95% de sa superficie, c'est peut-être moins commun, mais c'est aussi une évidence. Dire qu'en 2005, l’eau a fait 10 fois plus de morts que toutes les guerres réunies sur la planète, voilà qui est moins connu mais qui est terrible ! Dire que le prochain conflit risquant d'impliquer le globe tout entier (ça s'appelle une guerre mondiale !) aura pour cause l'eau, voilà de quoi alerter les citoyens du monde que vous êtes !
Quand je vous aurai dit que 1 milliard d'hommes sur la terre n'ont pas accès à l'eau potable et 2 milliards 500 millions ne savent pas ce que c'est que l'assainissement, je crois que nous serons alors d'accord pour dire l'importance de cette denrée naturelle dont l'accès est un droit classé parmi ce qu'on appelle communément «les droits de l'homme», droit qui reste pourtant inaccessible pour beaucoup !
Ce constat a été à la base des déclarations de Kyoto puis de Johannesbourg, appelées les objectifs du Millénium (l'eau potable et l'assainissement accessibles à 50 % de la population mondiale pour 2015!)
Comme vous le savez, cet objectif sera très loin d'être atteint! C'est ce qui explique la mobilisation des ONG, des Collectivités, des Elus pour organiser ces rencontres de plus en plus nombreuses, dont la nôtre, autour de l'eau, afin d'expliquer :
l l’importance de l’appui à la gouvernance locale, au renforcement des capacités locales de gestion et de la formation des élus et des personnels,
l la nécessité d’organiser des solidarités sur les transferts de savoir-faire à l’étranger,
l la nécessité de l’appui technique et financier des Départements aux Communes dans le domaine de l’eau et de l’assainissement en France,
l la nécessité de lever les freins administratifs et institutionnels pour favoriser les dispositifs solidaires mis en place par la coopération décentralisée. Alors que les Départements de France connaissent de grandes difficultés pour obtenir des co- financements européens, Bruxelles doit mieux prendre en compte les spécificités des collectivités locales dans les procédures,
l la reconnaissance des actions spécifiques des collectivités territoriales, complémentaires de celles des Etats et des ONG. Les Départements de France :
- peuvent apporter une expertise particulière en matière de service public,
- sont capables de mobiliser les acteurs locaux et d’impliquer la société civile, dans la durée,
- peuvent et doivent s’adapter à des projets de territoire initiés par les acteurs locaux,
Mais naturellement, l’eau a un coût de plus en plus élevé, dû à plusieurs facteurs :
. la raréfaction de la ressource par tête d’homme,
. la mauvaise qualité ou l’absence d’assainissement : pollutions, déforestation, dégradation des sols, salinisation.
C'est pourquoi vous avez aussi le devoir de :
1) Continuer à vous battre pour mettre les problèmes de l’eau plus en avant sur la scène politique,
2) Faciliter l’intensification des débats en vue de résoudre les problèmes liés à l’eau dans le monde au 21ème siècle,
3) Formuler des propositions concrètes et souligner leur importance sur la scène internationale,
4) Susciter un engagement politique de nos concitoyens du Nord comme ceux du Sud.
Ces différentes rencontres devraient également annoncer pour objectif l'accélération et la mutualisation des efforts de tous : organisations multilatérales telles que la Banque Mondiale, les Etats, les Collectivités locales, les ONG, les opérateurs privés…
puis la création d’écoles régionales de l’eau : irrigation, distribution, assainissement, dessalement, traitement des eaux saumâtres, pompage des nappes profondes et très profondes, transferts d’eau sur de plus grandes distances… etc…
Du côté des pouvoirs publics, un effort certain a été accompli en France lorsque l'Assemblée nationale et le Sénat ont voté à l'unanimité la loi dite «OUDIN-SANTINI», du nom de ses promoteurs. Cette loi qui permet aux collectivités (communes, établissements publics de coopération intercommunale, Régions, Départements, syndicats de production et/ou de distribution d'eau potable ...) de «distraire» jusqu'à 1% de leur budget d'eau dans l'aide en matière d'eau et d'assainissement en direction des pays pauvres, oui cette loi ne révolutionne pas la philosophie de la coopération dite décentralisée, elle en facilite simplement les modalités. Aujourd’hui, cette dépense est complètement légalisée et légitimée : elle doit donc être encouragée et généralisée.
Ainsi, tous les citoyens, qu'ils vivent au Nord ou au Sud, pourront y participer, se mobiliser, s'impliquer, s'approprier ce droit majeur : «L'EAU POUR TOUS!» Ce n'est pas seulement un slogan, c'est un programme de lutte, c'est une démonstration de l'amitié entre les hommes, une illustration de la solidarité entre les peuples.
En guise de conclusion, simplement deux mots:
Il n’y a pas de développement sans eau. A défaut de pouvoir disposer de l’eau, de l’électricité, de la santé, de l’éducation, beaucoup d’hommes, de femmes et d’enfants continueront à déferler sur les «nantis».
Le droit, l’argent, la connaissance, les institutions, la prévention des risques… constituent à coup sûr les étapes, certes nombreuses et difficiles, mais incontournables sur la route de l’accès à l’eau pour tous, préalable du droit à l'égalité des chances.
Alors «EAU LES COEURS!»
Fait à Saint-Coulitz, le 28 mars 2007
Kofi Yamgnane


Commentaires