Par la volonté de notre Premier Secrétaire, François Hollande, nous voterons le 1er décembre prochain sur le projet de traité constitutionnel européen.
Par la volonté de Laurent Fabius, le Parti Socialiste a organisé sur le sujet un vrai débat interne : du jamais vu !
Pour la première fois dans ce parti, les militants vont décider vraiment de notre position commune.
Certains pensent que l’on joue aux « apprentis-sorciers ». Moi je pense que c’est l’occasion pour nos dirigeants de montrer leur volonté et leur sens de la démocratie, en se tenant prêts à respecter sans état d’âme le résultat qui sortira des urnes !
En attendant, tous les arguments ont été exposés, décortiqués, analysés. Résultat : aucun citoyen en Europe n’est mieux informé sur ce texte que le militant socialiste français ! C’est une vraie avancée et cela m’autorise à ne plus revenir sur ces arguments.
Nous devons seulement savoir que ce texte dessine l’Europe de demain, celle qui devra exister face aux grands blocs et aux grands pays-continents ; celle qui doit incarner une alternative humaniste, solidaire et durable au libéralisme ambiant ; celle qui doit mettre dans les faits, sur un pied d’égalité, le développement économique, le progrès social, la qualité de l’environnement, la non-discrimination ; celle qui doit, par sa voix, promouvoir la paix dans le monde.
Sans pouvoir européen fort, rien de tout cela n’est possible. Or non seulement ce texte renforce les égoïsmes nationaux, mais mieux, il organise l’inefficacité politique par une construction compliquée qui nous éloigne d’une Europe fédérale, une Europe-puissance.
Ce texte n’est pas un texte socialiste : c’est vrai mais personne ne le demande. Les socialistes français ne peuvent pas imposer toutes leurs idées et leurs seules idées à tous les Européens : c’est vrai aussi, mais est-ce une raison suffisante pour que les socialistes se fassent imposer le point de vue des autres, et renoncent à toutes leurs propositions adoptées dans leurs instances nationales ?
A l’évidence, notre réponse est claire : nous reconnaissons tous que ce texte est discutable, incomplet, insuffisant. Mais alors pourquoi se précipiter pour approuver un mauvais texte ? Ne vaut-il pas mieux s’arrêter et réfléchir un peu afin de négocier la naissance d’une vraie Europe fédérale, démocratique et efficace ?
C’est l’impuissance de l’Europe qui autorise Jacques Chirac à se draper dans l’habit du social humaniste pour, devant l’ONU, prendre à son compte l’idée socialiste d’un impôt mondial contre la misère.
Si vous estimez cela normal,
Si vous n’avez pas observé tous les jours, dans cette société libérale
- que les entreprises n’ont plus d’âme,
- que les travailleurs ont moins de valeur qu’un mouchoir kleenex,
- que les politiques de développement, dictées au monde par le libéralisme ont échoué partout, plongeant des centaines de millions d’humains dans la misère la plus noire, avec un non-espoir absolu d’en sortir,
- que même les pays dits riches ou développés, c’est selon, vont mal, très mal.
Si vous n’avez pas compris que c’est à l’Europe de relever ces défis... En un mot, si vous n’avez pas observé que le libéralisme est déjà mort et que ce n’est pas à nous de le ressusciter, alors adoptons en conscience ce texte.
Par contre :
- si vous pensez qu’il peut y avoir pour les peuples européens et pour le vaste monde une alternative politique,
- si vous pensez que face aux USA, l’Europe peut incarner cette alternative plus sociale, plus humaine, plus durable,
- si vous pensez que c’est là que le monde nous attend et que c’est pour cela qu’il nous regarde et nous observe, alors nous avons le devoir de remettre ce texte sur le métier, en votant NON.
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Kofi YAMGNANE
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